Qu’est-ce qu’une banque d’investissement et que fait-elle ?
Demandez à 100 personnes choisies au hasard dans la rue ce qu’est une banque d’investissement, vous aurez 90 haussements d’épaule et 9 mauvaises réponses. Difficile de dire exactement ce qu’est une banque d’investissement, et tout aussi difficile de dire ce qu’elle fait.
Pour beaucoup de gens, Goldman Sachs est la banque d’investissement par excellence. Mais Goldman Sachs n’est pas qu’une banque d’investissement : elle fait aussi de la gestion d’actifs, de la gestion de fortune, et s’est même brièvement aventurée dans la banque de détail.
La gestion d’actifs et la gestion de fortune, sont, comme la banque de détail, tout sauf des activités de banque d’investissement. Mais quasiment toutes les grandes banques d’investissement en font. D'où la question : qu’est-ce qu’une banque d’investissement ? Eh bien c’est compliqué !
Quelle est l’activité principale d’une banque d’investissement ?
L’activité de banque d’investissement comprend deux éléments fondamentaux.
D’abord, les banques aident leurs clients (entreprises ou institutionnels) à lever des fonds, traditionnellement en émettant des titres (actions ou obligations). Ensuite, elles aident leurs clients à acheter ou vendre tout ov u partie de leur activité, et éventuellement à fusionner avec d’autres entreprises. La première activité est connue sous le nom de marchés de capitaux ou souscription (deux termes inappropriés), alors que la seconde correspond aux Fusions et Acquisitions, que l’on retrouve communément sous le terme M&A (Mergers & Acquisitions). Les marchés de capitaux comprennent les marchés de capitaux actions – désignés par le terme ECM pour Equity Capital Markets, et les marchés de capitaux de la dette – ou DCM pour Debt Capital Markets. Ils concernent respectivement les émissions d’actions et d’obligations.
Dans le même ordre d’idée que la plupart des émissions DCM se trouve le crédit syndiqué. Il s’agit là d’une méthode de prêt impliquant plusieurs banques, généralement utilisée pour des produits de prêt plus risqués nécessitant un profil de risque plus élevé (comme le financement d'activités de private equity). La syndication du crédit permet de répartir le risque entre plusieurs prêteurs.
L'essentiel de ces activités est constitué par la valorisation. Une banque d’investissement valorise les actions et obligations afin qu’elles soient vendues à la juste valeur, et elle valorise les entreprises afin de permettre le paiement pour une juste valeur en cas de fusion.
En quoi consiste l’activité de vente et trading ?
L’autre activité principale d’une banque d’investissement est celle de vente & trading.
Lorsqu’une banque aide un client à lever des fonds en émettant des obligations ou des actions, elle garantit les prix de ces produits en les vendant sur le marché. Cela nécessite l’intervention de vendeurs et de traders, qui vendent et négocient les produits financiers que la banque a aidé à créer, et ceux qui ont été créés auparavant. Ils vendent et négocient également des produits dérivés reposant sur des titres sous-jacents, ainsi que des crédits syndiqués.
L’équipe Marchés d’une banque (autre nom utilisé pour désigner la vente et le trading) bénéficie du support d’une multitude d’autres fonctions : professionnels de la recherche, des données, de l’analyse, mais aussi de l’exécution des transactions ou encore des opérations.
Dans un deal M&A, l'équipe Marchés peut concevoir des produits dérivés contribuant à réduire l'exposition du client aux fluctuations des taux de change (FX). Dans les deals DCM, où l’on émet une nouvelle dette négociable, l'équipe Marchés peut aider à organiser un groupe d'investisseurs (appelé syndicat) pour garantir la dette émise dans le cas où elle ne serait pas entièrement vendue.
Quelle évolution pour les banques d’investissement ?
Nous avons vu ce que faisaient en général les banques d’investissement. Mais elles évoluent…
D’un côté, les banques cèdent une partie de leurs activités de trading à des sociétés de trading électronique comme Jane Street, qui utilisent des algorithmes informatiques pour anticiper les besoins du marché et tirer profit des variations de prix des titres. Cette mutation s’opère alors que le trading dans son ensemble évolue vers plus d’électronification et moins d’intervention humaine.
De l’autre, les marchés publics, où actions et obligations sont négociées publiquement, sont progressivement remplacés par les marchés privés, où les règles sont plus souples et où il est possible de négocier des conditions plus sur mesure. Dans ce domaine, les chiffres indiquent une croissance phénoménale. Selon le cabinet de recherche BCG Expand, le marché du crédit privé est passé de 600 milliards de dollars en 2014 à 2 000 milliards en 2023. Les banques s’impliquent dans les marchés privés, à fois via leurs propres fonds de crédit privé ou en aidant des fonds externes à lever des capitaux. Goldman Sachs a par exemple commencé à constituer en janvier de cette année un « capital solutions group » pour tirer parti spécifiquement de « l’émergence et de la croissance du crédit privé », selon les mots de son CEO David Solomon.
En vente et trading, l’électronification est une autre tendance à long terme. Elle désigne l’achat ou la vente d’un titre de manière électronique, plutôt que par l’entremise d’un humain. En 2024, d’après Barclays, le pourcentage de transactions électroniques variait de 28 % pour les obligations convertibles à 70 % pour les obligations d’État. Les produits dits « de flux », standardisés et échangés en continu en volumes élevés, sont plus susceptibles d’être négociés électroniquement que les produits structurés, plus personnalisés en termes de profil de risque et de volume - et donc moins liquides.
L’intelligence artificielle progresse également. BCG Expand relève que les diverses parties du business model de banque d’investissement sont exposées différemment à la technologie.
Alors que les équipes de vente et trading ont été fortement touchées par les développements technologiques et le trading électronique, notamment dans les actions simples (flow equities), le M&A et les marchés de capitaux ont subi un impact moindre. Cela pourrait toutefois évoluer à mesure que l’IA prendra en charge certaines tâches habituellement dévolues aux juniors.
Qu’est-ce qu’une boutique dans le contexte de banque d’investissement ?
Il existe également des boutiques. Sur le papier, ces banques fournissent des conseils en M&A. Mais certaines des plus grosses, comme Evercore, proposent aussi des services en gestion d’actifs et souscription. Les boutiques comme Centerview comptent parmi les établissements les plus prestigieux de l’écosystème des services financiers. Sur leur niche, les boutiques sont nombreuses à être aussi influentes et à générer autant de revenus que les grandes banques d’investissement (aussi appelées bulge brackets), et elles se distinguent souvent par leur capacité à monter en épingle la culture de la banque d’investissement dans son ensemble – elles paient mieux, mais elles épuisent encore plus leurs collaborateurs.
Que fait une banque universelle ?
Les banques universelles sont les plus grandes de toutes. Vous en avez sans doute entendu parler, voire avez déjà effectué des opérations avec elles – on y compte JPMorgan, Bank of America et Citi aux États-Unis, et Barclays, Deutsche Bank et BNP Paribas en Europe.
Les banques universelles fournissent des services de banque de détail et de banque d’investissement. Elles peuvent proposer des comptes clients, de la banque privée (pour les individus très fortunés), des services de gestion d’actifs, des services de banque commerciale pour les entreprises, des services de paiement, et des services de marché comme la couverture.
L’assemblage de tous ces éléments s’avère quelque peu compliqué.
Que fait JPMorgan ?
Voyons donc ce que fait JPMorgan, banque universelle et plus grande banque du monde selon la plupart des critères.
Lors de la journée investisseurs 2023, JPMorgan a présenté le graphique ci-dessous, très utile pour expliquer comment sa banque d’investissement s’intègre au reste de ses activités. La situation idéale est celle dans laquelle la banque d’investissement peut « alimenter » les autres divisions de la banque – et pas seulement les divisions banque commerciale et banque d’investissement (CIB). Les activités de gestion d’actifs et de gestion de fortune en profitent également, tout comme ses équipes de vente et trading, et un large éventail de prestataires de services, comme l’équipe des paiements, chargée de transférer les fonds entre les différents comptes concernés.
Dans le cas de JPMorgan, un client qui chercherait à lever des capitaux privés pourrait se tourner vers la banque d’investissement de JPMorgan pour un placement privé d’actions. Ce dispositif correspond à la vente d’actions hors des marchés publics (marchés boursiers) et implique l’intervention de la partie banque commerciale de la facilité de prêt de JPMorgan, ainsi que celle de la banque privée de JPMorgan (pour rechercher de potentiels acheteurs éligibles).
De la même façon, si une entreprise a des projets d’expansion, elle peut entrer en contact avec les banquiers d’investissement de JPMorgan pour parler M&A. Le client travaillera alors avec les banquiers de l’activité corporate finance de JPMorgan, qui pourraient lui accorder un prêt pour financer une acquisition. La banque commerciale peut elle aussi identifier des cibles et acheteurs potentiels à travers son réseau de clients.
En cas d’introduction en bourse (IPO), quand une entreprise cliente vend une partie de ses actions en bourse pour la première fois, le processus passe par les banquiers ECM (marchés de capitaux) de JPMorgan, qui assurent la liaison avec les professionnels Marchés de JPMorgan (vente et trading) pour aider à vendre les actions, et avec les banquiers privés de JPMorgan pour fournir d’autres sources potentielles de financement (via des individus très fortunés) et gérer la fortune du fondateur (quand l’introduction en bourse est à l’initiative d’un fondateur d’entreprise fortuné).
La banque commerciale de JPMorgan ne se contente pas de mettre en relation les banquiers d’investissement avec ses clients au niveau d’un marché national, elle le fait aussi à l’échelle internationale, ce qui peut faire une différence significative.
JPMorgan gère également une banque privée, qui offre des opportunités d’investissement uniques ainsi que des services tels que la planification successorale aux individus ultrafortunés (UHNWI), généralement définis comme ceux détenant plus de 30 millions de dollars d’actifs.
Dans l’exemple ci-dessus avec JPMorgan, la banque privée gère également les actions des clients dans un placement privé d’actions, tout en proposant des opportunités d’investissement à et pour ses clients au cours du processus d’introduction en bourse. De plus, une fois l’IPO terminée, la banque privée peut poursuivre sa relation avec un fondateur d’entreprise, et bénéficier d’une relation « régulière » de banque privée avec un individu ultrafortuné.
Que fait Goldman Sachs ?
JPMorgan n’est pas la seule grande banque d’investissement à s’intéresser à la vente d’une gamme de services.
Goldman Sachs s’est réorganisée en 2022 en trois grandes divisions : Global Banking & Markets (qui regroupe les activités de banque d’investissement et de vente & trading), Asset & Wealth Management (qui comprenait alors la banque de détail), et Platform Solutions (similaire au Payments Group de JPMorgan). Depuis, la banque s’est retirée de la banque de détail (en 2024) et a également créé un nouveau « Capital Solutions Group » pour financer des deals de private equity et de crédit.
Une forte proportion des revenus de Goldman Sachs provient des activités de vente et trading ainsi que des activités standard de banque d’investissement. Alors que la division banque de détail et banque d’investissement de JPMorgan a tiré respectivement 14 % et 43 % de ses revenus 2024 de la banque d’investissement et du trading, les chiffres de Goldman Sachs s’élèvent à 14 % et 50 % pour ces mêmes domaines.
Si JPMorgan dispose d’une énorme banque de détail, Goldman Sachs mise, depuis son retrait de la banque de détail, sur d’autres sources de croissance. Elle se concentre désormais sur son Capital Solutions Group, tout en essayant de croître dans les domaines de la gestion de fortune et du crédit privé.
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